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Témoignage d’un directeur qui n’en peut plus !

vendredi 29 novembre 2019

Voici le témoignage d’un directeur d’une petite école de 3 classes sans décharge hebdomadaire sur ses conditions d’exercice : il s’agit d’un courrier adressé à son IEN

Je ne pourrai me rendre aux réunions que vous nous proposez.
Je remplirai très soigneusement et consciencieusement en revanche le questionnaire qui nous sera soumis.
L’évolution de notre fonction de directeur est un dossier complexe.
Je me permets notamment de suggérer une revendication simple mais emblématique de l’évolution de nos tâches et de notre société en général : le droit, inaliénable, à ne consulter nos emails qu’une seule fois par jour.
[...] il y a 20 à 30 ans [...], nous allions relever le courrier papier à la boîte aux lettres une seule fois par jour. Nous avions ensuite le reste de la journée pour traiter ce courrier, et partions du travail le soir avec le sentiment d’avoir pleinement rempli notre tâche et avec l’esprit détaché pour la soirée ; le courrier du lendemain n’arriverait que le lendemain.
Aujourd’hui (et moi le premier), nous consultons nos emails à la récréation du matin, puis à midi, puis à 13h30, puis à la récréation de l’après-midi, puis enfin à 16h30, soit entre 4 et 6 fois par jour.
Avec le sentiment qu’un email peut toujours arriver dans l’heure qui s’écoule, et la nécessité d’y répondre, avec parfois une échéance très courte (je songe par exemple à la saisie des enquêtes ou des résultats d’élection), et le sentiment, en partant du travail le soir, que nous n’avons pas totalement et correctement rempli notre mission du jour.

Comment s’étonner ensuite que certains enseignants et directeurs se trouvent épuisés nerveusement, en burn-out, jusqu’à parfois se suicider. Ces burn-out et suicides sont le produit d’un ensemble d’ingrédients de ce type.
L’accélération et la pression du travail administratif causées par le web y participent.
Un summum est atteint lorsque, lors de l’épisode Lubrizol, l’administration attend de nous d’avoir consulté nos mails à 8h30, puis de quitter notre classe et abandonner nos élèves pour faire le point des effectifs dans l’ensemble de l’école et remonter ces effectifs à l’administration avant la récréation de 10h.
Cette demande, qui pourrait nous sembler anodine aujourd’hui tant nous nous sommes laissés progressivement envahir par et habituer à ce qu’on pourrait appeler la "dictature" du web :
- exige de nous de consulter nos mails le matin avant la classe, ce qui n’est pas acceptable
- d’abandonner notre poste et nos élèves pour une mission purement administrative - qui pourrait certainement attendre quelques heures -, ce qui n’est pas acceptable non plus.
Enseignants et élèves sont-ils au service de l’administration, ou l’administration est-elle censée être au service du bon fonctionnement de l’école et du respect du métier des enseignants ?

Je vous remercie beaucoup par avance de votre attention.

Un directeur sans décharge, et instituteur au milieu d’une classe de 28 élèves de PS

Si vous aussi, vous voulez témoigner, n’hésitez pas !
Le SNUipp-FSU 76 participera bientôt à un comité de suivi sur la fonction de direction et nous pourrons faire remonter vos doléances.

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